15 novembre 2007

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Hier soir j’ai discuté avec H. Ca m’a fait le bien nécessaire. Savoir qu’il est là pour moi. Pour écouter mes mots peu importe à quelle heure, peu importe ce que j’ai à dire. Et c’est important de l’avoir avec moi, parce qu’a lui je ne peux pas mentir. Même pas embellir ou exagérer. A lui je dis tout comme ça me sort de la tête, sans avoir peur qu’il me juge jamais. Y a de ces relations privilégiées…

Mon père est en panique, il est 7h30 du matin. Il toc à ma porte et à celle de mon frère toutes les dix minutes en nous disant qu’on va être en retard, qu’il faut se lever. Personnellement, ça doit être la peur d’affronter les jours tristes, où simplement l’envie de fermer les yeux, mais il m’a fallu une demi heure de plus avant de l’écouter vraiment. J’ai pris ma douche et mis des vêtements même pas repassés. De toute façon on s’en fout, j’aime avoir l’air d’un sac.

Je mange mon croissant en priant pour le digérer normalement et j’attend.

J’attend que le jour triste commence, sans trop réaliser. C’est jeudi. C’est aujourd’hui.

Sur la route, ma grand mère est avec mon père est moi dans la voiture. A l’arrière avec moi. Elle ne craque pas depuis jeudi dernier. Elle passe juste son temps a crier sur tous les membres de la famille de mon oncle et à faire bonne figure devant se sœurs. Et puis tout d'un coup, ses yeux qui se plissent et sa petite voix qui dit « 30 ans c’est trop jeune » et puis tout de suite « Non Christiane, pleure pas hein, si tu commences tu vas plus t’arrêter » Et hop. Juste comme ça, parce que c’est son genre à elle, d’être forte toujours, même si c’est être froide, elle a arrêté ses larmes. Et dire que moi j’pleure sur un con, alors qu’elle, elle ne s’autorise même pas à pleurer son petit fils. C’est juste que parfois, ça m’impressionne la force des autres, même si la sienne est un peu mal placé. J’voudrais quelle comprenne qu’elle ne perdra la face devant personne si elle se laisse pleurer. Les gens la respecteront toujours.

Une fois à l’Eglise, il y a tous les frères de mon oncle que je n’ai pas vu depuis 107 ans, qui me disent « la dernière fois que je t’ai vu tu étais haute comme ça ». Et à la limite, même si c’est vraiment cliché, je préfère ces mots là à ceux des sœurs de ma grand mère qui me confonde systématiquement avec ma cousine Nathalie, qui est enceinte, brune aux cheveux courts et aux yeux foncés. J’ai des longs cheveux blonds et des yeux bleus. Autant dire que l’on ne partage rien , à part ce sang là.

Il y a ma grand mère qui me sert fort la main, même que ça me fait mal mais que je m’en fous.

Mon oncle était là. Le monstre de la famille depuis que ma tant et lui ont divorcé. Pourtant aujourd’hui ils sont là tous les deux, entre la distance, à enterrer le fils qu’ils ont fait tous les deux. Elevés ensemble. Perdu ensemble. Et il ne se regardent pas. Il a la main de sa nouvelle femme dans la sienne. Mais les gens qui pleurent ne sont plus des monstres. C’est peut être facile mais c’est juste comme ça.

L’abbé n’avait pas encore sa robe blanche, et il portait un jogging premier prix avec une moustache et un t-shirt sale. Il ressemblait à un squatteur de bar. J’me suis dit en même temps que Nathalie qu’il devait bien se marrer, le cousin, à voir quel cas social on lui avait dégoté. Déjà qu’il était pas bien croyant, mais là, y’avait vraiment de quoi se fendre la gueule.

Mon père déposait des photos sur les chaises. Avec le mot qu’il a écrit pour lui. On nous a demandé de nous avancer. Et quand il a fallu passer à côté du cercueil, c’est comme tout le poids de la réalité qui s’est glissé dans mes yeux et qui a fait couler les larmes. Et elles ne s’arrêtaient pas et même qu'on s’en fiche, on s’en fiche et on pleure. Parce que pour lui je peux et j’en ai rien a foutre de mon mascara. Parce que bordel, c’est pas juste.

Ils ont passé Creep de radiohead. Et même pas The end des Doors comme il avait demandé. Et ça aussi c’est énervant. Parce que vraiment, les paroles ne lui vont pas si bien, et puis qu’après tout j’ai toujours préféré Jim.

L'abbé commence à nous balancer ses extrait de la Bible comme si ça voulait dire quelque chose pour mon cousin. A dire qu’il était heureux avec Dieu et nain nian nian. Peut être que j’devrais pas parler comme ça, juste par respect pour les croyants. C’est juste que le principe même de parler de mon cousin comme heureux au paradis alors qu’on savait tous qu’il ne croyait pas en Dieu, ça ressemble à une hypocrisie a laquelle j’ai même pas envie de faire face.

Il a lu le texte de mon oncle, puis celui de ma tante. Et c’est juste impossible d’imaginer ce qu’ils traversent. Enterrer ce qu’on a mis au monde, ça fait partie des paradoxes qu’on ne peut pas comprendre, sûrement même pas quand on le vit soit même.

Et l’abbé au milieu de toutes ces conneries d’épîtres à la con, a commencé a dire quelque chose qui m’est allé droit dedans. Comme quoi il faut toujours regarder devant soit, jamais plus derrière. Sinon on ne grandit plus, on avance plus, et alors un peu, on est mort avec l’autre. Je suis comme ça depuis longtemps. Trop longtemps. Je n’avance plus. Et je n’veux plus être comme ça.

Sa femme était là. Je me rappelle de leur mariage en septembre dernier. Mon dernier enterrement et mon dernier mariage était celui de la même personne.

Fred est venu. Fred, c’est celle qui sera toujours là. Hier, on est allé au ciné ensemble, et sur la route du retour, elle me disait, un peu en souriant, comme si ça se disait tous les jours « Heureusement que tu es là, sinon ma vie ça serait de la merde et je pleurerais tous les soirs en me disant que personne ne m’aime. Mais non, j’ai ma Ryne, alors ça va. ». J’sais même pas quoi dire face à une amitié pareil. La plus part des gens qu’on croit connaître nous laisse tomber dans les moments les plus dures. Considérant peut être avoir assez de problèmes eux même. Ou juste ne trouvant plus d’intérêt a nous voire si on triste. Y a des gens de qui j’attendais qu’ils soient là pour mois ces derniers temps, pour me rendre compte, en faite, qu’on ne connaît jamais personne, que les gens nous deçoivent. Fred, elle, elle insistait pour savoir a quelle Eglise il fallait être, et elle s'est mise juste derrière moi.

La messe s’est terminé, on a fait la queue pour sortir, et en regardant à terre, j’ai vu les larmes de tous les gens qui marchaient devant moi. Comme des traces de pas.

Nathalie a dans son ventre une petite fille qui a, in utero, enterré son arrière grand père et son oncle. Alors que ses enfants à lui n’étaient même pas là, et probablement, ils ne savent pas que leur père est mort. Y a des photos d’eux gamins que sa femme avait donné sur cd a ma grand mère, je les ai sur mon pc. Des photos d’Elric qui dort sur le ventre de mon cousin. Je me demande ce qu’on leur dira quand ils seront plus grands. J’pense à Costa qui a perdu son père quand il avait 7 ans. Il n’a pas été à l’enterrement non plus. J’pense à tout ce que ça a changé dans sa vie, et ce que ça changera dans celle des mes neveux. J’ai peur de ne plus vraiment les voir. J’ai peur qu’on leur mente. J’ai pas envie qu’ils n’aient que trois photos et deux mots de leur mère. J’voudrais qu’ils sachent tout. Le bon et le mauvais. Mais au final, j’ai pas idée de ce qui serait le mieux pour eux. J’auras voulu en parler avec Costa. Qu’il me dise ce qu’il en pense. Ce que lui aurait péféré. Mais j’ai décidé de le sortir de ma tête. Et je m’y tiendrais. Après tout, chaque situation est différente. Il n’a sûrement pas plus de réponse que moi.

Ce qui fait le plus de mal, c’est de voir les autres pleurer. Mon oncle et ma tante, a qui on ne sait pas quoi dire. Nathalie qui a perdu son seul frère. Ma grand mère. Y a leur peine à eux tous qui vient sur moi et me colle à la peau et c’est juste impossible à vivre.

J’essaye de trouver tous les souvenirs que j’ai de lui. On a été élevé ensemble, mais j’étais la petite dernière. 10 ans d’écart. On a jamais partagé grand chose avant récemment. Y a les hamburgers au crâne chauve. Ses figurines warahmer. Le poster de nirvana sur la porte de sa chambre. Et l’odeur qu’on y trouvait une fois à l’intérieur. Son humour à se taper le cul par terre. Didier Super. Les fois où avec mon frère et Nathalie, on allait l’espionner dans le bois quand il était avec Peggy. La journée au tir à l’arc où il m’a appris à tirer. Il a été troisième de France, c’était pas de la merde.

Non le moins qu’on puisse dire c’est que c’était pas une merde et qu’il savait aimer les gens sans se retenir de rien. J’me souviendrais de ça à coup sûr. Et y a intêrét que ça se sâche.

Posté par _glacon_ à 18:44 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur ...

    Il est beau ce texte, Moonette.

    Ta grand-mère elle te ressemble un peu, je trouve. A tant vouloir être forte pour elle et pour les autres. A pas vouloir verser sa peine à ceux qui n'en veulent pas, ou qui n'ont simplement pas mérité.

    "Il a lu le texte de mon oncle, puis celui de ma tante. Et c’est juste impossible d’imaginer ce qu’ils traversent. Enterrer ce qu’on a mis au monde, ça fait partie des paradoxes qu’on ne peut pas comprendre, sûrement même pas quand on le vit soit même." Je pense aussi. Ca nous parait si loin. Mais ça doit être un terrible fléau, qui s'abbat sur bien plus cher que nous même. Et qui pourtant, portait un peu de nous en lui, de nous et de l'amour du nous. C'est tellement triste de voir s'éteindre cela.

    "La messe s’est terminé, on a fait la queue pour sortir, et en regardant à terre, j’ai vu les larmes de tous les gens qui marchaient devant moi. Comme des traces de pas."
    Qu'est-ce que c'est beau. Je sais que la peine des autres te touche profondément. Offre leur ton sourire, même s'il n'est pas de circonstance, réchauffe les, par tes yeux, ton rire et ton amour pour eux.

    "La plus part des gens qu’on croit connaître nous laisse tomber dans les moments les plus dures. Considérant peut être avoir assez de problèmes eux même. Ou juste ne trouvant plus d’intérêt a nous voire si on triste. Y a des gens de qui j’attendais qu’ils soient là pour mois ces derniers temps, pour me rendre compte, en faite, qu’on ne connaît jamais personne, que les gens nous deçoivent." Ha, que je connais ce sentiment. Tu as de la chance d'avoir une Fred à toi toute seule. Prends en soin, c'est pas donné à tout le monde. Après tout, elle est là, et c'est juste ce qu'il faut. Pas plus. Tu as droit à ta parcelle de sincérité, je t'envie de ce beau cadeau.

    Mais, qui est H? je me perds un peu dans les pseudos...

    Posté par Dine, 15 novembre 2007 à 19:54 | | Répondre
  • je sais pas quoi dire, mais ce post m'a émue. tu décrit bien tout ça, c'est un très beau texte.
    Gros bisous ma femelle...

    Posté par Manu, 16 novembre 2007 à 00:59 | | Répondre
  • dine: H s'est un vieux pote qui habite loin qui refait surface. On parle en anglais tous les deux, ça me fait bien marrer. Ca me fais surtout du bien.

    Posté par glacon, 20 novembre 2007 à 11:11 | | Répondre
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